Printemps 2010


Camille Goujon


vit et travaille à Paris


L’observation du monde est la matière première de mon travail. Energie, paysage, origine du monde, anthropomorphisme sont des sujets récurrents que je modèle, déforme, transforme avec humour en dessin, sculpture ou film.

Avant cette expérience je travaillais essentiellement sur la trace de l’homme dans le paysage. Immergée dans cet environnement sauvage, balayée par la force des éléments naturels, j’ai d’abord été terriblement angoissée. Ce n’était plus la trace de l’homme sur le paysage qui était en jeu, mais l’empreinte du paysage sur moi-même.

À force d’isolement je suis entrée en dialogue avec les éléments. L’énergie de la nature m’a fait retrouver celle que je voyais auparavant dans les paysages machines. La mer, paysage érotique, les phares, des phallus erectus, les falaises, des vagins humides, le va-et-vient du ressac en jouissance perpétuelle… La création remplaçant l’angoisse, j’ai réalisé des centaines de dessins. Signifiant de l’origine de la vie, le vocabulaire marin m’a inspiré des jeux de mots et d’images qui m’ont fait marée, dit-vagué, donnant naissance à des-seins animés.

Chaque expérience intense laisse des traces… «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Un jour de tempête, j’ai réalisé des dessins en laissant couler de l’encre sur la surface extérieure des vitres du sémaphore. Lavée par la pluie et le vent, l’encre dessinait des paysages éphémères. J’ai recréé ce dispositif dans mon atelier. Actuellement, je peins sur la surface d’une vitre verticale derrière laquelle j’ai construit une boîte lumineuse. Chaque ajout de matière, chaque effacement, est pris en photo. La succession de ces images fixes crée des peintures animées.

Depuis mon immersion dans ce paysage mob-île, je ne cesse d’expérimenter l’infinité des techniques du film d’animation. Comme les vagues qui se suivent, naissent et disparaissent, chaque image s’efface pour faire apparaître une nouvelle image. L’ensemble de ces disparitions, la succession de ces images inachevées, crée une temporalité, une narration, donne vie au dessin.