août 2013


Eric Giraudet de Boudemange


Travaille entre Amsterdam et Paris


Frisson du vide, vertige horizontal? Effrayé par la perspective de nuits solitaires à la lueur du Créac’h, Gregory Buchert me proposa de partager le sémaphore en Aout 2013. Trois semaines, nous parcourûmes l’île au rythme de nos tournages. Gregory joua au marin saoul. Je tentai de poursuivre une Ouessantine dans les rochers tachés d’écume. Le titre de mon film Iro aod, désigne une promenade menée sur les grèves par les insulaires pour glaner le bois échoué. Dans la vidéo, il s’agit d’un jeu. Une femme en habit traditionnel ouessantin jette un dé dont les faces marquées par des triangles désignent la direction du prochain lancer. Une déambulation aussi vaine qu’absurde, un rituel marqué par le craquement du cube et le cri des vagues au pied de la falaise.

Nous partions aux aurores à l’affut de la lumière douce rasante qui nourrissait nos matelas de mousse et les herbes hautes. Le soir, nous troquions nos anecdotes journalières contre les histoires de marin de Nicolas Floch vautré sur un tas de poissons massacrés le matin. La nuit capricieuse mais régulière, sans cesse éveillée par le balai du Créac’h guidait la cadence de nos récits. Nous vécûmes avec Isabelle, Nicolas et leur fils, Ann, Chao, Marcel, Sophie, Thomas, Julia, Sarah, Laetitia, Arthur et Gwenina. Le dernier soir, avec nos femmes, nous partageâmes un mouton cuit sous la motte. Je croisai le regard de mon compagnon de gardiennage en épongeant le ragoût avec ma tranche de pain Harris. La lumière du Créac’h dessinait un faisceau rocailleux, comme des dents plantées dans la pénombre écumeuse. Jamais plus elle ne s’éteindrait.