Août 2013


Gregory Buchert


Vit et travaille à Lille


Ann Stouvenel et Marcel Dinahet m’ont invité pour une résidence au sémaphore du Créac’h suite à l’exposition du FRAC Bretagne « Ulysse, l’autre mer », en parallèle de laquelle fut projeté mon film « 858 pages plus au sud ».

J’étais alors, et depuis un peu plus d’un an, totalement perdu dans des recherches infécondes en vue d’un film qui devait traiter des résurgences du labyrinthe dans le monde contemporain : labyrinthes de fêtes foraines, dédales de maïs disséminés dans la campagne française, inouï labyrinthe de bambous de l’éditeur italien Franco Maria Ricci, fonctionnement et maladies du labyrinthe de l’oreille interne etc…

Très narratif, le projet devait être présenté au sein d’une exposition collective au Réfectoire des nonnes, en « Résonance » de la Biennale de Lyon. Échéance pour laquelle j’avais présomptueusement annoncé que le film serait prêt…

À un mois et demi de cette deadline anxiogène, aucune piste ne se dégageait, aucune image tournée ne me paraissait satisfaisante et c’est avec le poids de ce projet sur les épaules que je suis parti prendre mes quartiers sur l’île d’Ouessant, en compagnie d’un ami artiste.

Un mois de vacance (ou d’hyper-travail, c’est selon) pour sauver les meubles et avoir quelque chose de pertinent à montrer dans le cadre de cette exposition lyonnaise.

Dans mes bagages, un disque dur plein de rushs vidéos décevants sur lesquels je ne parvenais pas à tirer un trait, mon ordinateur et quelques livres de poche, parmi lesquels se trouvait « Thésée », ultime récit d’André Gide.

Sous l’influence bénéfique du sémaphore, rendu lucide par les lumières surpuissantes du phare, j’ai enfin abandonné ce projet qui ne cessait de me glisser entre les doigts, pour me concentrer sur l’essentiel de ce autour de quoi je tournais depuis trop longtemps : le labyrinthe comme vertige intérieur, la figure de Thésée…

La solution se cachait finalement au sein de cette étrange équation : 5 sentiers ouessantins, un pull bleu et un bâton jaune. L’affaire était pliée, je venais de réaliser l’une des vidéos dont je suis aujourd’hui le plus heureux. Merci l’île, merci Ann, merci Marcel.

 

Synopsis Geranos

2013 / HD / Vidéo-performance / Projection installée /10 minutes / Couleur & son

Production : Finis Terrae

Sortant vivants du Labyrinthe, Thésée et ses compagnons entamèrent une danse de célébration pour fêter leur victoire sur le Minotaure. Dans une sorte de ronde frénétique, cette danse nommée Geranos reproduisait les trajectoires sinueuses de l’ouvrage Dédaléen.

Une chorégraphie sur un pied, plongeant Thésée danseur dans une situation d’étourdissement se mêlant à l’ivresse de l’alcool et de la victoire.

Ma performance consistait à reproduire une version personnelle de cette danse, en désorientant le labyrinthe de mon oreille interne. Si par un simple effet de montage, la manière exacte dont je m’inflige cette série de vertiges reste hors champ, un étrange bâton jaune subsiste dans l’image, comme un indice de mon protocole performatif, un signe graphique dans l’espace. En déséquilibre permanent, j’entame une marche à la chorégraphie aléatoire. Dissocié du pèlerin, le bâton devient un obstacle en forme de sculpture minimale.

Marcheur et bâton forment alors un curieux binôme cheminant côte à côte.