automne 2011


Loreto Martínez Troncoso


vit et travaille à Porto


Il y a quelques années, j’ai commencé à travailler, à lire et à écrire sur l’envie et même la nécessité de s’absenter, de s’écarter, de s’extraire, de n’être plus là. Écartement sur l’île d’Ouessant, sûrement pas suffisamment de temps pour faire une vrai tregua. Écartement désiré… rêvé… Mais que représente cet isolement pour une personne qui habite sur une île ? L’insularité ? Comment est-elle (re)ssentie ? Par quoi est-elle habitée ? «Je suis parti… après… je suis revenu… mais je sens que j’ai à nouveau les fourmis sous les pieds», «Je suis né sur ce rocher et je mourrai sur ce rocher», ce sont quelques-unes des paroles collectées au cours de promenades, de rencontres, autour de cafés… À l’écoute de ces voix, du silence, du vent, de la mer, je suis partie. Accompagnée aussi de lectures, de films,  de musiques…

En collaboration avec Ewen Chardronnet, nous avons réactivé une des fonctions du sémaphore avec la radio «radio creac’h, radio la nuit», une série de cinq émissions, dont une étant réalisée et composée avec les élèves du Collège des Îles du Ponant, que nous avons diffusée en direct durant une semaine, en streaming sur internet. Émissions composées à partir de ces voix, de leur enregistrement, de la captation du vent, de la mer, des fréquences-radio maritimes, des lectures et écritures menées sur île. (…) Île abordée, questionnée, convoquée par la suite dans mon travail. Une île non géographique. Une île rencontrée dans le jeu que Thoreau fait avec le mot island : I-land, la terre du moi. Espace à soi… espace «propre»… désir, nécessité de le définir, de le cerner. Par quoi est-il habité? Par quoi est-il restreint? Comment habitons-nous ces espaces vitaux? Et comment les enracinons-nous et/ou comment nous nous enracinons, jour après jour, dans un coin du monde?Espaces «propres» pas uniquement physiques mais aussi mentaux…

Loreto Martínez Troncoso
extraits du journal de bord