Automne 2008


Marcel Dinahet


vit et travaille à Rennes


Marcel Dinahet a inauguré le programme de résidences d’artistes à Ouessant en 2008, en réalisant deux installations vidéos intitulées Portraits et Falaises.

Pour la première, il s’est inspiré du film Finis Terræ de Jean Epstein. Les visages des goémoniers, si expressifs, ont particulièrement marqué l’artiste, qui a entrepris de retrouver les descendants des acteurs du film de 1929. Marcel Dinahet a interrogé les fils, filles, petite fille et arrière petite-fille des acteurs sur leurs souvenirs et leur relation au film, puis il les a filmé en plan serré sur le visage, captant l’expression, les traits et l’émotion vive. L’immobilité et l’absence de son confèrent un caractère solennel à ces personnes qui rendent un hommage humble à leurs aïeux ayant célébré à l’écran le métier de pêcheur, aujourd’hui disparu d’Ouessant.

Falaises est une série de vidéos s’inscrivant dans la lignée du travail que mène l’artiste depuis vingt ans: il immerge sa caméra dans l’eau et créé des images oscillantes, qui brouillent les frontières entre eau, terre et ciel. Ici, il a plongé au large d’Ouessant et a filmé les falaises en plan serré pour qu’on ne puisse apercevoir que l’eau et la roche. Les prises de vues ont été réalisées à différents moments de la journée et lors de marées hautes puis de marées basses, afin de voir ces paysages maritimes sous plusieurs lumières, couleurs et nuances de gris, bleu, noir, rouge, jaune et vert. Depuis ce point de vue et malgré la beauté plastique des images, l’île paraît inaccessible et hostile. Le mouvement incessant des vagues donne l’impression d’être emporté par les courants. Un mur naturel s’élève face à nous, rendant la terre infranchissable. Les abords d’Ouessant sont dangereux en effet, et son approche demande du temps et du respect, pour ses habitants, ses traditions et son environnement préservé.

Ces deux œuvres révèlent la force de ce bout de terre sauvage et abordent de manière subtile son histoire, sa culture et la fascination qu’elle suscite depuis toujours.

Celia Crétien