Printemps 2012


Yasmine Eid-Sabbagh


vit et travaille à Samanière


L’un des projets de recherche sur lesquels j’ai travaillé à Ouessant est issu d’un long séjour que j’ai fait à Burj al-Shamali, un camp de réfugiés palestiniens au sud-est de Tyre, au sud du Liban, où j’ai vécu entre 2006 et 2011, et où je travaille depuis dix ans.
Au cours de cette période, j’ai constitué — le plus souvent en collaboration avec les résidents du camp — une archive importante de photographies, de vidéos, en d’enregistrements audio.

Le but de mon projet de recherche est d’explorer la façon dont le conflit dans un dialogue qui constitue le processus de collection d’images peut permettre de trouver des nouvelles formes de (non)-visualisation de ces images, au sens où elles font l’objet d’un attachement affectif et privé d’un coté, mais en même temps sont les rares documents qui témoignent d’une histoire autrement inexistant, celle du camp de réfugiés Palestiniens de Burj al-Shamali.  Cette question est mise en rapport à la pratique de la photographie, du point de vue de sa production, de sa perception et de son usage.

Je considère que mon travail relève d’un processus continu plutôt que d’une forme achevée, à cause de la dynamique sociale que créent mes gestes d’artiste et de l’impact qu’ils ont sur l’environnement dans lequel je travaille. Il s’agit d’une pratique réflexive qui n’est pas nécessairement liée à la constitution immédiate d’un objet ou à la production du savoir. En ce sens, ce que je cherche à faire, c’est trouver une méthodologie qui permette de brouiller les frontières disciplinaires et de mêler la théorie à la pratique, la subjectivité à l’objectivité.
Le second projet sur lequel j’ai travaillé, en collaboration avec Rozenn Quéré, au cours de mon séjour à Ouessant s’intitule «Vies possibles et imaginaires». Il a reçu le Grand prix international de la photographie de Vevey en 2011 et a été publié aux éditions Photosynthèses à Arles, en septembre 2012.
Des interviews sont à l’origine du texte de cette œuvre qui a été entièrement composée à Ouessant, où les photographies ont également été agencées. L’isolement d’Ouessant a joué un rôle essentiel dans notre productivité lors du séjour d’un mois que nous y avons passé, tandis que les conversations stimulantes que nous avons eues avec les Ouessantines et les Ouessantins ont été extrêmement importantes, nous donnant une perspective critique sur notre processus de travail. L’horizon a laissé sa marque sur notre travail.

Enfin avec le collectif informel Sahra Occidentale, con poche immagini,composé d’artistes, intellectuels, et activistes, nous avons organisé une rencontre avec les habitants d’Ouessant autour de la publication Necessità dei Volti, Necessità dei volti est le résultat de la réflexion sur les photographies d’un archive involontaire constituée dans le désert de l’Hamada durant les années de conflit au Sahara Occidental, et conservé dans le Musée de la Guerre, dans la région de Tindouf en Algérie.

Yasmine Eid-Sabbagh