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Depuis 2008


Finis terræ


île d’Ouessant
Finistère, BRETAGNE
| RÉSIDENCES D'ARTISTES
AU SÉMAPHORE DU CRÉAC’H |


En 2008, lors d’une courte résidence à Fort de France, je parle du projet de résidence à Ouessant à Célia Crétien. Nous décidons ensemble de créer l’association Finis terrae. Les travaux d’aménagement du Sémaphore du Créac’h en résidence pour artistes se terminent à Ouessant. Un projet du Conseil général du Finistère, initié et piloté par Rodolphe Rohart avec pour objectif le développement de résidences d’artistes portés par les associations finistériennes.

Cette année 2008 je suis le premier résident (hors sémaphore), je suis à la recherche des descendants des acteurs du film Finis terrae que le réalisateur Jean-Epstein dans sa retraite à Ouessant à réalisé en 1928. Dans un rapport serré au paysage, je filme les falaises et presque en simultané je réalise des portraits filmés de ces descendants.

Dans le livre (Jean Epstein — Cinéaste des îles – éditions Jean-Michel Place) Vincent Guiguenot parle au sujet de la retraite à Ouessant de Jean Epstein et écrit : « Jean Epstein en travaillant sur l’événement et le mythe, met en scène une relation archaïque et panthéiste des hommes avec les éléments : l’eau, l’air, le feu, la terre. Il éprouve à la limite du monde, la finis terrae, une écriture poétique qui accorde autant d’importance à la nature et aux objets qu’à ces personnages. La mer est un personnage vivant dont la houle déferlante est la langue, les optiques des phares sont les yeux qui regardent l’océan. » La résidence du sémaphore du Créac’h par son contexte est d’une grande exigence. Elle peut mener à diverses formes de réflexions, d’attitudes, de projets à court terme, à long terme, des retraits, des poses. Une étape importante pour les artistes qui s’impliquent dans le projet. L’isolement, l’insularité, le bout du monde se présentent d’une manière frontale dans ce site d’exception.

Actuellement l’association intègre plusieurs nouveaux participants actifs. Apports précieux pour la pluralité des regards et des propositions. Le temps à permis d’accentuer la relation nécessaire avec les différents partenaires locaux. Projets et questionnements cohabitent et la vie de l’association s’apparente à une œuvre en permanente évolution.

Marcel Dinahet
Président et fondateur de l’association




Finis terrae

Association Loi 1901
20, la Chapelle du Mur – 29610 Plouigneau
n° SIRET : 503 731 663 000 12

Contexte

Finis terrae propose à des artistes et critiques d’art une résidence d’un mois visant à accompagner une réflexion, une action artistique ou une production d’œuvre et/ou une édition abordant des problématiques liées à la mer, au littoral, au paysage, à l’insularité… Les artistes bénéficient d’un logement meublé et équipé ainsi que d’une salle de travail, situés dans un sémaphore.

Ouvertures

Finis terrae ouvrent les résidences à des artistes étrangers et travaille régulièrement en collaboration avec des centres d’art en région et des établissements scolaires proches. Le partenariat rythme les échanges et est fondamental dans le partage des expériences et des créations réalisées.

Restitutions : événements et ouvrages

L’association met en place des évènements plus ponctuels sous forme d’expositions, de conférences, de rencontres, etc. Des expositions ont déjà été réalisées en partenariats avec Passerelle – Centre d’art contemporain à Brest, le Quartier, centre d’art contemporain à Quimper et le Frac Bretagne.
Deux catalogues bilingues, revenant sur les résidences de 2008 à 2012, puis de 2013 à 2018, sont réalisés en 2013 et en 2019.

Sélection des artistes

Les artistes, français et étrangers, sont sélectionnés par les membres de l’association. Aucune candidature libre n’est attendue. Les artistes invités sont de toute génération et de tout horizon.

Moyens financiers

Chaque résident reçoit une bourse de 3000 euros.

Les partenaires

– Collège de Lampaul – Ouessant
– EESAB : Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne
– Frac Bretagne
– La Criée — Centre contemporain de Rennes
– Le Quartier — centre d’art contemporain de Quimper
– Mains d’Œuvres — friche artistique au Nord de Paris
– Musée des phares et balises
– Passerelle — centre d’art contemporain à Brest
– Ville de Rennes — open studios

Arts en résidence – Réseau national

Finis terrae est membre du réseau national Arts en résidence, fédération de résidences d’auteurs, du champ de l’art contemporain, en France.
Site internet : http://www.artsenresidence.fr

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Les financeurs

L’association est financée par le Conseil général du Finistère, le Conseil régional de Bretagne et la Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne.

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Escales d’artistes
à Ouessant



À l’extrémité ouest de l’île, le sémaphore du Créac’h, situé au pied d’un phare emblématique et du Musée des phares et balises a veillé sur les marins et les bateaux pendant des décennies. Aujourd’hui, après de bons et loyaux services, il est comme on dit dans le langage de la Marine, « désarmé ». Mais devenu propriété du Conseil général du Finistère, il a retrouvé une nouvelle vie. Ce sémaphore a en effet été « réarmé » comme résidence d’artistes à l’initiative du Conseil général du Finistère, en relation étroite avec la Mairie de Ouessant. À son sommet, la salle de vielle donne accès à un point de vue à 180° sur l’océan Atlantique. Cette résidence, ancrée sur la roche d’Ouessant ouvre le champ de la création à tous les horizons !

Depuis plus d’un siècle, les artistes viennent à Ouessant, poussés par la curiosité  de trouver un espace où l’humain et les éléments sont en contact permanent. Un espace dédié à la prise de recul et de mise à distance dans tous les sens du terme. Dès 1928, Jean Epstein s’éloigne de Paris, découvre Ouessant, y installe son chantier, esthétique et théorique, duquel naissent les images du film Finis terrae. Ainsi, les artistes résidents ont des parcours et des origines différentes. Beaucoup d’entre eux viennent d’autres pays, d’autres horizons et leur présence donne lieu à des approches relationnelles variées et des échanges toujours riches avec l’île et  ses habitants.

Les résidences organisées par l’association Finis terrae ont pris racine dans cette terre d’Ouessant, les yeux grands ouverts sur le large, pour nourrir une réflexion et une création dans le champ de l’art contemporain. La Mairie et le Musée des phares et balises sont les premiers relais institutionnels pour ces artistes qui réalisent ici une escale, au même titre que les nombreux marins d’Ouessant qui ont parcouru le monde au gré de leurs expéditions lointaines.

Denis Palluel
Maire de Ouessant

 


Équipe



Membres du Conseil d’administration

Marcel Dinahet est artiste et ancien enseignant à l’École des beaux-arts de Rennes. Il vient de réaliser en ce début d’année 2015 deux expositions personnelles « Burning the boats » la première à la galerie Domobaal à Londres et la seconde à Bogota à l’Alliance Française, avec le soutien de la galerie Les filles du Calvaire à Paris. Participe de 3/2015 à 8/2015 à l’exposition « La mer au milieu des terres » au Musée Es baluard de La Palma de Majorque. Le travail, se situe sur le littoral.

Ron Haselden est un artiste anglais qui vit et travaille entre Londres et la Bretagne. Son œuvre est caractérisée par l’utilisation de plusieurs supports d’expression dont la lumière, l’électronique, le son, le film ou la vidéo. Il a récemment présenté son travail à Londres (Camden Art Center ; Domo Baal gallery), à Liverpool (Biennale Internationale), à New York (Florence Lynch Gallery) et dans différents lieux d’expositions à travers l’Europe.

Directrice artistique

Ann Stouvenel est responsable de résidences d’auteurs – artistes, commissaires d’exposition, critiques d’art, designers graphiques, théoriciens – et commissaire d’exposition indépendante et rattachée à des institutions. À la suite de missions à la galerie Art & Essai – Université Rennes 2, au Centre Pompidou et à la Biennale d’Istanbul, elle a été directrice des Verrières – résidences-ateliers de Pont-Aven de 2008 à 2013, puis directrice du pôle arts visuels à Mains d’Œuvres friche artistique au Nord de Paris de 2013 à 2020. Depuis 2012, elle est directrice artistique des résidences organisées par Finis terrae – Centre d’art insulaire, ayant comme base le sémaphore du Créac’h sur l’île d’Ouessant, au large de Brest.
Ann Stouvenel est par ailleurs co-fondatrice et présidente d’Arts en résidence – Réseau national, fédération de résidences françaises, membre du collectif curatorial le label hypothèse et membre du Conseil d’administration du CIPAC, fédération des professionnels de l’art contemporain.

Membres de l’association

Membres d’honneur : Nadia Fartas, chercheuse en littérature et arts visuels, Sophie Kaplan, directrice de la Criée, centre d’art contemporain de Rennes, et Rodolphe Rohart, Responsable culturel.

Membres invités : Catherine Elkar, Directrice sortante du Frac Bretagne, et Emma-Charlotte Gobry-LaurencinDirectrice de la communication Galerie Kamel Mennour et Marie Palluel, coordinatrice de post-production.

Les membres apportent à l’association un soutien théorique et une aide précieuse pour la création des différents projets que mène Finis terrae, à Ouessant et ailleurs.

Conception graphique

Benoit Böhnke


Finis terrae


Entretien entre Marcel Dinahet, fondateur et Président de l’association Finis terrae, et Ann Stouvenel, directrice artistique. Mars 2018


Ann Stouvenel : Comment ce projet de résidence est-il né ?

Marcel Dinahet : Le projet de résidence est venu de très loin, j’ai été depuis longtemps attiré par l’île de Ouessant. Dès les années 2000, j’organisais des ateliers, nous avions comme base le centre ornithologique à quelques pas du phare du Créac’h.  J’étais alors enseignant à l’école d’art de Rennes et nous avons quelques fois associé nos recherches en relation avec l’université et les étudiants géographes accompagnés par leur professeur Hervé Regnauld. Le dernier atelier a été réalisé avec un regroupement d’enseignants et d’étudiants des quatre écoles d’art de Bretagne. De plus, je m’intéressais aux films de Jean Epstein et aux relations qu’il avait pu établir au début du siècle dernier avec les habitants de Ouessant, les îles et l’océan. En 2007 et 2008 j’ai entrepris un travail personnel (j’ai réalisé une série de portraits des descendants des acteurs du film Finis terraeet j’ai pu rencontrer et connaître ces personnes. Ensuite j’ai réalisé une série de portraits vidéo des falaises de Ouessant. Cela m’a pris du temps et j’ai dû être présent sur l’île. Avec Celia Crétien nous avons créé l’association Finis terraepour organiser à l’origine une ou deux journées de diffusion de film d’artistes liés à la mer et aux insularités, avec l’aide du Maire Denis Palluel pour la mise à disposition des locaux. A cette période j’ai appris que le département du Finistère restaurait le sémaphore pour mettre en place une résidence d’artistes. Rodolphe Rohart, qui pilotait l’opération pour le département, nous a proposé la mise à disposition du sémaphore chaque année pour deux mois et deux résidents. Cette résidence est devenue très vite le projet de l’association.

AS : Un artiste français et un artiste étranger viennent chaque année et d’autres artistes ou théoriciens peuvent s’ajouter, en fonction des possibilités et des partenariats. La résidence est accompagnée d’une bourse et de frais de production. Le but principal est de donner un cadre propice à la mise à distance et de pouvoir s’affranchir du quotidien pour un temps donné. Il me semble que le projet est tout à fait unique et indispensable à la création. Peut-on parler de développement d’une communauté, 10 ans après la première résidence ? Un esprit se développe t-il autour de ce projet ?

MD : Je me rends compte qu’un projet de résidence se met en place avec du temps. Sur l’île les informations circulent très vite, la présence d’un artiste a au début attiré beaucoup d’attention, engendré des commentaires. Les artistes se sont fait connaître, chacun avec son mode d’approche. Certains ont pu tisser des liens. Les résidents successifs ont construit le projet dans ce contexte. La découverte, l’inattendu ont parfois bousculé leur pratique. Les éléments, le caractère extrême du paysage, la possibilité d’être seul, un mois, au sémaphore, sous le phare du Créac’h, le phare le plus puissant d’Europe face à l’océan Atlantique à l’entrée de la Manche, place l’artiste en position exceptionnelle. La question est de voir si ce positionnement sur cet espace crée un état d’esprit commun dans la pratique des artistes. A mon avis cette dimension planétaire, liée à l’endroit où l’on se trouve, ne peut que tisser un lien sans doute perceptible sur les pratiques des artistes. En ce sens on peut parler de communauté des artistes passés au sémaphore.

AS : Je suis toujours curieuse de découvrir le travail de chaque résident, à l’issue de ce temps passé à Ouessant. L’île se transforme en terrain d’expérimentation. Sa position, son atmosphère, son histoire et ses coutumes, tout à fait particuliers, sont explorés par les artistes et les théoriciens qui y séjournent. En son temps Jean Epstein filmait les paysages comme des portraits. Lors de tes voyages, sur quoi précisément s’est porté ton regard et tes interrogations ?

MD : Dans le livre Jean Epstein. Cinéaste des îles(Ed. Jean Michel Place) Vincent Guignent écrit : « En partant vers la Bretagne, Jean Epstein n’oublie ni ses intentions, ni sa grammaire cinématographique. En travaillant sur l’événement et le mythe, il met en scène une relation archaïque et panthéiste des hommes avec les éléments : l’eau, l’air, le feu, la terre. Il éprouve aux limites du monde, la finis Terrae, une écriture poétique qui accorde autant d’importance à la nature et aux objets qu’à ces personnages. La mer est un personnage vivant dont la houle est la langue, les optiques des phares sont des yeux qui regardent l’océan. » A Ouessant l’île a une dimension qu’il est intéressant d’éprouver physiquement. Elle est juste étendue pour nous soumettre une grande marche dans le but de la visiter et la découvrir. On pourrait dire que l’île est un amplificateur ! Quand il y a une dépression atmosphérique le vent est plus violent que sur le continent, les dimensions des rochers et les vagues déferlantes deviennent énormes. En opposition les îliens sont à l’abri dans leurs petites maisons. L’île entière est à l’épreuve de la tempête. Vingt quatre heures après le calme peut être revenu. A chaque séjour je découvre et je pense voir les détails du littoral d’une manière différente. Cela est sans doute dû aux variations de la simultanéité des éléments en jeu. Cette simultanéité doit m’engager vers de nouvelles perceptions. Dans cet engagement je laisse beaucoup de place à l’intuition, les fausses pistes étant quelques fois nécessaires à intégrer pour essayer d’avancer.

AS : Comment les Ouessantins rencontrent-ils les résidents ? Quels liens se sont-ils tissés ?

MD : L’ancrage progressif de l’association sur l’île s’est au départ réalisée par sa relation avec le Musée des phares et balises et Delphine Kermel, la directrice, et aussi par la Mairie par l’intermédiaire du Maire Denis Palluel. Ces deux personnes nous ont été précieuses pour la mise en relation avec les ouessantins (mise à disposition de locaux, présentations de travaux des résidents aux habitants, aide pour la réalisation des projets, rencontres avec les habitants dans le cadre des projets, parfois même accueil des résidents, etc.). Suivant les domaines de recherches des résidents, ils ont pu créer des relations directes et diversifiées avec les habitants. Plusieurs artistes ont par exemple pu intervenir dans le cadre du collège en relation avec les enseignants.

AS : Il existe dans cette résidence une véritable expérience. Seul dans un sémaphore, le moment se vit, très fort. Je pense également aux éléments qui sont non négligeables.

MD : Oui, être en position de vigie à l’interface entre l’océan Atlantique et le continent, face à cet océan, est une belle base de réflexion. Passer toutes les nuits sous les immenses balayages des “deux faisceaux blancs groupés rotatifs” du phare du Créac’h (le titre de la vidéo d’Enrique Ramirez qui est devenue la propriété du Frac Bretagne), être au centre de ce signal qui balaye l’horizon invisible, seul dans la nuit. Au milieu des éléments, surtout quand il y a une tempête, les embruns passant par dessus le sémaphore, c’est aussi un rapport très particulier à l’espace.

AS : Pourquoi la prise de recul est-elle importante ? Peut-on parler de prise de risques ?

MD : Dès que vous posez le pied sur l’île, elle devient très présente. Le rapport aux éléments vous arrive d’une manière frontale. On reçoit tellement d’informations qu’il est souvent nécessaire de prendre le temps d’une mise à distance.

AS : Ce contexte semble ainsi être propice pour les artistes en quête de recherche, de repli. Quelle suite peut-on donner à l’expérience du sémaphore, à court et à long terme ? Quelle répercussion cette résidence peut-elle avoir sur le travail artistique ?

MD : Le temps construit ce projet. D’années en années, l’apport de la résidence aux artistes, au niveau de leur pratique et de leur démarche, peut nous faire penser que cet ensemble est à considérer comme étant un grand espace de réflexion (insulaire à l’extrémité du continent). La majorité des artistes restitue en générosité et sous plusieurs formes l’amplitude de ce que ce paysage leur propose. L’association ne dispose pas d’espace de présentation des travaux issus de la résidence. Le Musée des phares et balises et la Mairie nous aident périodiquement. Les travaux ont eu l’oportunité d’être exposés, notamment pour ce qui est des productions récentes : Eléonore Saintagnan au centre d’art Diagonale à Montréal, Gregory Buchert à Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, Laurent Tixador à la galerie Art & Essai de l’Université Rennes 2, Pauline Delwaule au Centre Pompidou, ou encore Enrique Ramirez au centre d’art Le Grand Café à Saint-Nazaire.  Je constate aussi que les anciens résidents reviennent poursuivre leurs expériences et que les autres espèrent revenir sur ce bout de terre au milieu de l’océan. Sous son apparente trompeuse austérité, cette île nous offre un perpétuel renouvellement d’approches.